samedi 28 janvier 2012

La religion: un échec?

Cette excellente photo - envoyée de Bruxelles - nous montre un jeu d'échecs cathos vs juifs. Pas mal mais... y a-t-il une version avec musulmans?

vendredi 20 janvier 2012

Église éthiopienne: y a-t-il un prêtre dans la salle?


Dimanche matin, quartier NDG. Dans l'arrière-salle d'une église protestante, une quarantaine de fidèles vêtus de blanc prient devant ...un ordinateur portable.

Cette scène étrange (surréaliste?) n'a rien à voir avec la mort de Steve Jobs, mais tout à voir avec la petite communauté copte orthodoxe éthiopienne de Montréal, qui compte une centaine de membres. Faute de prêtre attitré, celle-ci diffuse des sermons et des prières trouvés sur des sites web. Concept inventif certes... mais quand même limité.

«Une messe sans prêtre, ce n'est pas vraiment une messe», reconnaît Tsegue-Mariam Negouné, membre de la communauté, rencontrée à la sortie du service.

Avec un peu de chance, ce problème pourrait être réglé sous peu. Après 15 ans d'errance, à se promener d'églises louées en salles paroissiales, la congrégation Tewahedo Medhanealem vient en effet d'acheter sa propre église dans le quartier Parc-Extension. Et elle espère que cette acquisition lui donnera un argument de poids pour attirer un prêtre permanent et non virtuel à Montréal.

«Il y a cinq ans, on n'aurait pas pu acheter cela. Mais maintenant, tout va changer», lance Debebe Emissa, diacre et leader discret de cette paroisse flottante.

Questions d'argent

Il y a cependant loin de la coupe aux lèvres. Jusqu'ici, les Éthiopiens de Montréal ont été assez malchanceux côté prêtres.

Les candidats n'ont pas été nombreux à postuler, et ceux qui sont venus sont vite repartis. Le premier s'est enfui à Calgary après trois ans de service. Le second n'est resté que quelques mois en 2006 avant de partir sans demander son reste. Depuis, c'est le désert absolu. Faute de mieux, la congrégation prie de façon informelle et fait venir un prêtre de Toronto pour les grandes occasions, comme le Noël orthodoxe, qui avait justement lieu vendredi, jour des Rois.

Comment expliquer cette aversion pour Montréal? Les prêtres éthiopiens seraient-ils comme les joueurs de hockey?

«Je pense surtout qu'ils se sentaient seuls, explique Debebe, diplomate. Ici, ce n'est pas comme Toronto. Et c'est encore moins comme l'Éthiopie. La communauté est petite. Nos activités sont limitées. Ils n'aimaient pas ça.»

Autre son de cloche à Toronto, où nous avons joint le père Mesale Engeda, fondateur de l'Égliseéthiopienne du Canada. Selon lui, le problème montréalais était avant tout pécuniaire: «Je pense que c'était essentiellement une question de revenus. La communauté de Montréal n'était tout simplement pas assez forte pour les soutenir financièrement.»

La situation n'est pas exclusive à Montréal, explique M. Engeda. Ottawa a connu le même problème par le passé, et la paroisse éthiopienne d'Halifax n'a toujours pas de prêtre. En revanche, Toronto en possède quatre.

Faut-il y voir - encore - une question de langue? «Ce n'est pas la raison principale, répond le religieux. Mais c'est peut-être une raison. Plusieurs Éthiopiens sont partis de Montréal pendant le référendum.»

Enfin, il est vrai que les communautés éthiopiennes sont plus nombreuses au Canada anglais et, par là, plus attirantes. Il y a environ 30 000 Éthiopiens à Toronto, alors que Montréal en compte environ 1000, musulmans, orthodoxes et évangélistes confondus.

«Je ne peux forcer personne»

Le père Engeda ne cache pas son admiration pour la paroisse montréalaise («ils sont peu nombreux, mais déterminés») et il dit travailler fort dans les coins pour lui trouver un prêtre. Mais, à mots plus ou moins couverts, il avoue que l'enthousiasme n'est pas au rendez-vous dans ses rangs: «Je ne peux forcer personne. Celui qui ira doit le faire pour prêcher la bonne nouvelle et non pour l'argent.»

La solution viendrait-elle d'Éthiopie? Rien n'est moins sûr. Primo, l'Église éthiopienne d'Amérique du Nord est en rupture avec celle d'Éthiopie. Les deux synodes sont en froid administratif depuis 20 ans (voir encadré). Deuzio, l'immigration pose problème. «On a souvent essayé. Un prêtre sur cinq seulement parvient à entrer au pays», souligne le père Engeda.

Selon lui, il serait beaucoup plus facile de recruter dans les camps de réfugiés du Kenya ou de l'Ouganda. En demandant l'asile, un prêtre aurait plus de chances d'être reçu et parrainé au Canada. «C'est une option que nous considérons sérieusement.»

Un QG pour la communauté

Dans quelques semaines si tout va bien, la congrégation Tewahedo Medhanealem prendra possession de sa nouvelle église, une ancienne mission catholique ukrainienne sur la rue Stuart.

Plus qu'un lieu de culte, l'endroit servira de bibliothèque, de centre culturel, d'école de langues et de point de chute pour les nouveaux arrivants. En d'autres mots, la communauté éthiopienne de Montréal aura enfin son QG. «On commence à avoir des enfants. On grossit. Il était temps qu'on ait notre place», souligne Debebe Emissa.

Et le prêtre? Plein d'espoir, Debebe lève les yeux."Je m'en remets à Dieu,. dit-il, c'est un bon berger.."











Photos Bernard Brault (La messe) et Edouard Plante-Fréchette (Debebe Emissa)

jeudi 22 décembre 2011

Kateri sera enfin canonisée

Kateri Tekakwitha se rapproche à grands pas de la sainteté. Benoît XVI vient en effet d’autoriser la canonisation de la bienheureuse mohawk, dont le tombeau est situé dans l’église de Kahnawake. Un boom touristique est à prévoir sur la réserve.

« C’est un accomplissement, se réjouit le diacre Ron Boyer, du Centre Kateri à Kahnawake. Nous avons mis tellement d’efforts et de temps sur cette cause. Maintenant, avec un peu de chance, on va pouvoir relaxer. Mais ce n’est pas parti pour ça. »

Morte en 1680, le « Lys des Mohawks » avait été béatifiée par le pape Jean-Paul 2 en 1980, deux ans avant le Frère André. Mais il lui manquait encore un miracle « certifié » pour être proprement sanctifiée.

C’est maintenant chose faite.

En 2006, Kateri aurait en effet sauvé un jeune garçon de Seattle de la bactérie mangeuse de chair. Après avoir été à l’étude pendant plus de cinq ans, le dossier a finalement reçu l’imprimatur du Vatican. Sauf erreur, cela fera de Kateri la première sainte autochtone d’Amérique du Nord.

Cette nouvelle aura évidemment un impact considérable sur la petite ville de Kahnawake, qui risque de devenir un lieu de pèlerinage majeur.

« Pour nous, cela veut dire qu’il y aura plus de tourisme », souligne Greg Horn, propriétaire du site d’informations kahnawakenews.com. « Ça va aider notre église. Elle en avait bien besoin. »

Kenneth Deer, de la Maison longue de Kahnawake, est pour sa part plus réticent. « Ça va changer notre communauté pour toujours, c’est certain « Mais je ne suis pas certain qu’on soit vraiment préparés à ça. Pour le moment, notre communauté n’a pas les infrastructures pour recevoir un si gros afflux de visiteurs. »

Objet de culte international, Kateri Tekakwitha était déjà considérée comme une sainte officieuse. Dès le 17e siècle, les Jésuites ont été les premiers à écrire son hagiographie et à pousser sa cause à Rome. Son personnage d’amérindienne illuminée faisait l’objet d’une littérature et d’une iconographie abondantes.

Des deux côtés de la fronitère, des organisations se disputaient par ailleurs sa nationalité. Américaine ou canadienne? La question reste en suspens, considérant que Kateri est morte avant que les deux pays n’existent. Diplomate, le Vatican semble pour l’instant vouloir lui octroyer le statut consensuel de sainte « nord-américaine ».

Fait intéressant : tous les Mohawks ne partagent pas le même enthousiasme pour Kateri Tekakwitha. Les plus traditionnalistes lui reprochent encore de s’être convertie au catholicisme, ce qui en aurait fait une sorte de « colonisée spirituelle ». Mais Ron Boyer est convaincu que sacanonisation réunira les deux camps. « Ils (les traditionnalistes) vont revenir à l’église, j’en suis sûr », lance le diacre.

Benoit XVI devrait annoncer la date officielle de canonisation au début de la nouvelle année. D’ici là, avis aux intéressés : une messe de Noël en Mohawk sera donnée à l’église Saint-François-Xavier de Kahnawake, samedi le 24 décembre à 20h.

Le diacre Ron Boyer (à gauche) et son assitant Albert Lazare, du Kateri Center à Kahawake, travaillent depuis des années pour la cause de Kateri. Albert est entré au Kateri Center en... 1957! (photo Ivanoh Demers, pour La Presse)

JCL

mercredi 21 décembre 2011

Noël perse....

La dinde ne vous tente pas cette année? Pourquoi ne pas prendre un bon antidote iranien aux fêtes traditionnelles de la Nativité. Et on commence pas plus tard que ce soir. La charmante galerie Mekic organise une charmante soirée de Yalda. Cette fête païenne, célébrée depuis 10 000 ans, commémore la naissance du Dieu du Soleil et la renaissance du jour en cette plus longue nuit de l'année. Le tout a lieu dès ce soir à 19h dans la galerie de la rue de La Roche. Pour les détails.

Le 25, Montreal Persian organise un party perse sur la rue Crescent. Bye bye tante Bertha, hello Tehran beat! Détails.

Et Joyeux Noël! Ou Joyeuses fêtes pour les plus politically correct ;-)

mercredi 14 décembre 2011

On en veut à Montréal


On aime voyager pour voir ce qu'il se fait de bien ailleurs et rapporter les meilleurs idées dans notre baluchon. Nous revenons d'une petite tournée allemande et croyons que nous devrions nous aussi adopter la tradition des marchés de Noël et du vin chaud vendu dans la rue. D'ailleurs, la Ville de Québec a un marché allemand cette année.

De notre côté, nous pensons que Montréal pourrait s'inspirer du marché de Noël Neukolln, un des coins les plus branchés de Berlin. Le temps d'un week-end, on a transformé la rue en marché. Toutes les ONGs du quartier avaient préparé des décorations de Noël vendues à prix doux. On pouvait aussi y déguster autant des gaufres belges que des lahmahjounes turcs. Tout ça accompagné de musique live.

On aime. On aime beaucoup.

mardi 13 décembre 2011

Prêt pour le dragon d'eau

Je sais, je sais, il est un peu tôt pour parler de Nouvel an chinois (23 janvier), alors que le Noël catholique (25 décembre), orthodoxe (7 janvier), arménien (6janvier) et que les nouvelles années occidentales (1er janvier) et russes (14 janvier) ne sont pas encore passés. Mais que voulez-vous, on est prévoyant au Montréal multiple!

La compagnie Kaléidoscope offre tous les ans des tours du quartier chinois, assorti d'un repas traditionnel du nouvel an (50$ pour les deux). C'est l'occasion parfaite pour tout savoir sur les célébration du Nouvel an qui durent quelque 2 semaines. Les tours/conférences auront lieu à maintes reprises pendant les week-end du 21 janvier au 5 février.

Pour plus d'info: tours.kaleidoscope@sympatico.ca

L.-J.P

vendredi 2 décembre 2011

« On faisait peur au monde»: Des "Warriors" au temps du peace & love (ou l’étrange destin du groupe Red Power, pionnier du rock mohawk engagé)


Ils auraient pu faire l’histoire du rock. Mais il n’en reste rien. Ou presque.

Entre 1968 et 1973, le groupe mohawk Red Power a produit sa propre mixture de blue-hard-rock et de revendications pro-autochtones. Il s’est produit sur les campus universitaires, dans des bars gais, des clubs underground et même devant Pierre Élliott Trudeau qui a failli en perdre sa rose à la boutonnière.

Mais son histoire n’a jamais été écrite. Et son souvenir est parti en fumée de calumet dans un cigarette shop de la réserve de Kahnawake. À « K-Town » d’ailleurs, rares sont ceux qui se rappellent encore de Red Power. Bien que ses anciens membres soient encore actifs dans la communauté, ce nom appartient définitivement au passé.

Des fusils aux guitares

Red Power, c’est avant tout Ronald Deere, mieux connu sous le nom de Frosty. C’est lui le fondateur, l’auteur et le chanteur qui a donné vie au groupe. Sans lui, il n’y aurait pas eu Red Power, il n’y aurait eu qu’un groupe de bar et de bière. Sans lui, il n’y aurait pas eu l’âme du warrior mohawk.

« Quand j’y repense, on donnait un maudit bon show, dit-il aujourd’hui. On faisait vraiment peur au monde.»

Frosty, 71 ans, vit aujourd’hui avec sa femme, dans une petite maison pré-usinée au bord de la route 132 en bordure de Kahnawake. A l’intérieur, les murs de bois sont bardés de photos de famille spectaculaires et la radio classic rock américaine joue en rotation lourde. En bas, il avait jadis son magasin d’ordinateurs. Mais il a laissé le commerce à son fils, qui l’a transformé en magasin d’armements.

On s’attendait à tout sauf à des mitraillettes, en allant rencontrer un ancien chanteur de rock. Mais chez Frosty, j’ai vite compris que la culture militaire était une réalité. Un de ses fils vend des guns, l’autre est soldat et il a lui-même servi dans l’armée américaine au début des années 60 (au cas où vous ne le sauriez pas, beaucoup de mohawks de Kahnawake préfèrent s’engager pour l’Oncle Sam, question de sentiment d’appartenance). Pas étonnant qu’il nous ait accueilli avec une casquette de la US Army sur le front. Ce n’était pas seulement pour cacher ses cheveux gris, ça fait partie de lui.

Frosty a passé 10 ans sous les drapeaux. Comme volontaire. Mais en 1966, quand son contrat est venu à terme, il a décidé de revenir à Kanhawake. Coup de chance, dit-il. « Un mois plus tard et ils m’auraient envoyés au Vietnam. »

Très vite, la musique remplace les fusils. Parce qu’il sait chanter, un peu, pas beaucoup, surtout du folk mais quand même, Frosty est invité par son cousin Gordon (Bryson) à rejoindre the Mixed Breed, un groupe rhythm’n’blue garage de la réserve.

Le nom de la formation réfère aux origines multiples de son personnel, qui compte un italo-irlandais, deux québécois et deux mohawks, Frosty et Gordon. Mais son répertoire, à ce qu’on sache, est loin d’être aussi éclectique. The Mixed Breed donne plutôt dans le bon vieux « cover », et se produit essentiellement dans des soirées un peu boboches, genre party de graduation dans une salle louée.

C’est pendant une de ces fêtes, justement, que va naître Red Power. En décembre 68, les trois moitiés de Mixed Breed se séparent. Francos et Mohawks, c’est connu, ne sont pas faits pour s’entendre! Ça tombe mal : le groupe doit se produire dans une semaine à l’Hotel Reine –Élizabeth pour un party du Collège Loyola. Que faire? Sans tarder, Frosty et Gordon recrutent les frères Michael et Donald Sky, deux autres Mohawks de la réserve. Fini les mélanges de couleur. Cette fois, c’est le rouge total.

Bien que pas prête pantoute, la nouvelle formation honore son engagement. De cela, tout le monde est certain. Ce qui est moins certain, c’est ce qui se passe ce soir-là dans l’hôtel. Pierre Elliott Trudeau, premier-ministre du Canada, tient-il un congrès du parti libéral? S’échappe-t-il de la fête pour venir danser comme un fou pendant le concert du groupe mohawk? Enfin, John et Yoko sont-ils au dernier étage en train de faire leur bed-in de l’amour? Frosty a-t-il bien vu deux krishnas se trémousser au fond de la salle? Bref, sommes-nous en mai 69 ou en décembre 68? On a essayé d’y voir clair, mais le « indian time » s’est mis en travers du chemin. Ni Frosty, ni Michael Sky ne semblaient s’en rappeler distinctement.

Mais une chose est certaine : c’est soir-là, officiellement, que Red Power est né.

« On voulait faire réfléchir »

Ha. Red Power. Le choix du nom n’est pas innocent. On est en 1969 et l’Amérique vibre pour la défense des droits civiques. Inspirés par l’émergence du mouvement black power, les autochtones réclament leur part du gâteau et dénoncent les injustices. Par extension, on parle bientôt de Red Power, un mouvement multiforme dont la figure de proue est le AIM, le American Indian Movement, qui va se propager jusqu'au Canada (voir photo ci-contre, prise en Colombie-britannique en 1974)

Pour Frosty, rockeur militant, c’est le nom tout trouvé. Red Power sera à la fois un manifeste, une plateforme politique et un nom à la hauteur du mythe guerrier des Mohawks, qui se perpétuera jusqu’à la crise d’Oka de 1990 avec l’intimidante présence des Warriors.

« On voulait montrer que les autochtones pouvaient réfléchir, écrire et proposer quelque chose » résume Frosty. Le problème, c’est que ce nom portait à confusion. Beaucoup de gens ont pensé qu’on était un groupe communiste! »

Ses textes vont dissiper le malentendu. Dès 1969, Frosty écrit les deux chansons emblématiques du groupe, sur des musiques des frères Sky : Freedom revendique l’émancipation de tous les autochtones d’Amérique alors que Take a Look at the Reservation, invite les non-mohawks à confronter leurs préjugés en venant faire un tour sur la réserve (You don’t Need an invitation/Take a Look at the Reservation).

« C’est incroyable tous les préjugés qui circulaient sur nous, raconte Frosty (ici en photo dans les années 70). Les gens ne savaient rien de notre réalité. On nous prenait pour des désoeuvrés, du monde sans job. On nous posait sans arrêt des questions sur notre vie ici. C’est pour ça que j’ai écrit Take a look. »

La ligne éditoriale de Red Power est claire. D’ailleurs, même ses chansons d’amour parlent de politique (Warrior Love)! Sans dire que le groupe était en colère, le musicien et animateur de radio Lance Delisle admet qu’il avait des choses à dire : «Dans ce temps-là, tout le monde avait un message à livrer. Red Power aussi : ils voulaient éduquer les gens » dit-il.

« C’est vrai que nos textes étaient assez directs pour l’époque, reconnaît Michael Sky. Moi c’était pas trop mon truc. J’étais plutôt dans la musique. Mais disons que ça m’allait comme orientation. »

Hey White man come see what you have done ∕ Say white man we have just begun

We are tired of all your segregation ∕ We are tired of all your assimilation

(Freedom)

Des plumes et un couteau

En 1969 et 1970, Red Power fait sa petite place dans le milieu rock anglophone de Montréal. Son message est unique. Mais sa musique, inspirée par Love, Canned Heat et autres Mothers, est parfaitement dans l’air du temps.

On les voit sur scène avec les Haunted et les Rabble, deux groupes aujourd’hui devenus culte. Ils se produisent à McGill devant les étudiants, en première partie de l’Américain Jesse Winchester, frais déserteur de l’armée américaine ou dans des clubs de travelos de la rue Crescent, qui en redemandent. Après une performance mémorable dans un concours de groupes à Dorval, le Montreal Star les déclare un des cinq meilleurs groupes underground de Montréal.

Il faut dire que Red Power donne un vrai spectacle. Jouant le jeu, Frosty n’hésite pas à porter sa coiffe de chef amérindien et ce, près de 10 ans avant l’indien des Village People!. « J’avais aussi un gros couteau, raconte Frosty. Ce n’était pas un vrai, mais quand même, c’était impressionnant. Je le prenais dans ma main et je sautais sur les gens en faisant semblant de vouloir les épingler. On faisait vraiment peur au monde (we really scared the shit out of people). »

Cette agression en règle se poursuit jusqu’aux Etats-Unis. Profitant de leur sauf-conduit mohawk, les membres de Red Power se produisent notamment à l’Université de Plattsburgh, à Buffalo, ainsi qu’à New York, où tous les membres du groupe se retrouvent par hasard, alors qu’ils travaillent dans la construction.

Mais cette activité ne se convertit pas en radio-activité. Sans argent, sans gérant et sans compagnie de disque, Red Power doit ramer pour survivre.

Michael Sky quitte le groupe en 1970. La formation continue pendant quelques années avec divers changement de personnel. En 1973, un petit label américain propose au groupe d’enregistrer une démo à New York. Pour le groupe, c’est l’ultime chance. Mais le malheur s’en mêle. Quelques jours avant les sessions, le bassiste du groupe Donald Sky est fauché par une voiture à Kahnawake. Le fautif disparaît et Frosty, effrondré, range sa hache de guerre.

« On était à la porte du succès. Au lieu de quoi on a disparu dans la brume »

Des pionniers?

Que reste-t-il de Red Power? A vrai dire, quasiment rien. En cinq ans et des poussières (1968-1973) le groupe n’a laissé aucune photo, aucun enregistrement, aucune découpure de journaux, sinon qu'une affiche de spectacle (voir plus haut) seul témoin de son existence.

Le militantisme de Red Power a-t-il été un obstacle à son succès? Michael Sky en doute. « S’il y avait un obstacle, je pense plutôt que c’était moi, lance-t-il humblement. Je ne prenais pas ça très au sérieux. »

Frosty, de son côté, évoque plutôt l’orgueil et le refus de faire des concessions. « On ne voulait pas jouer pour des pinottes et on ne voulait pas être prisonnier d’un contrat pour 99 ans.. »

Pour Lance Delisle, enfin, tout part de la géographie. Red Power chantait en anglais dans une province francophone en pleine émancipation. Si le groupe avait vécu aux Etats-Unis, sa réussite aurait sans doute été plus tangible.

« Des fois, ça dépend où est ton camp de base » dit-il. « Au Québec, ils n’avaient aucune chance d’attirer l’attention. »

Pour Delisle, Red Power n’en reste pas moins une part importante de l’histoire du peuple iroquois en général et mohawk en particulier. « Il y avait des injustices dans la nation autochtone, pas seulement à Kanhawake, mais partout en Amérique du Nord. Ils ont voulu exprimer ce que c’était d’être amérindien à cette époque, donner une voix et un sentiment de fierté à un peuple qui n’en avait pas. Leur message avait le mérite d’être clair.... »

En essayant d’en savoir plus sur la question, je constate que le rock amérindien n’a pas eu beaucoup de vrais ambassadeurs. Il y a bien eu Link Wray (Shawnee), Robbie Robertson du groupe The Band (Mohawk) Jesse Ed Davis (Kiowa) Jimmy Carl Black (Cheyenne) et bien sûr Jimi Hendrix, qui était à moitié Cherokee. Mais leurs chansons n’avaient rien de spécialement autochtone. Au milieu des années 70, le groupe de funk-rock Redbone a aussi connu un certain succès en jouant la carte des plumes et des peintures de guerre. Mais c’était une « gimmick » plutôt qu’une prise de position, excepté pour la chanson Wounded Knee, que voici:

Red Power était-il donc une exception? Je n’en sais rien. Mais avec plus de chance, peut-être serait-il passé à l’Histoire comme le premier groupe de rock autochtone ouvertement engagé…

Après une vie et 36 métiers (employé de la construction, arboriste, policier) Michael Sky, 62 ans est devenu une vedette de la radio de Kanhawake. Depuis trois ans, il anime the Bingo Lounge, tous les vendredis soirs à la station K 103 sur la réserve. Acteur à temps partiel, il a aussi travaillé la télé (Moose TV, By the Rapids) et joué dans le film Frozen River, où il tient le rôle d’un flic.

De son côté, Frosty n’a pas lâché, ni la musique, ni le combat. Il y a deux ans, l’ancien militaire est retourné en studio, pour enregistrer de nouvelles versions de Freedom et Take a Look at the Reservation (A écouter plus bas). Il a aussi publié tous ses textes dans une recueil de poèmes, se permettant d’ajouter certains couplets plus actuels, en référence à la crise d’Oka et au 11 septembre.

Enfin, tous les mercredis, il se produit pour les patients, à l’hopital de Kanhawake.

Est-ce qu’il leur chante du Red Power?

« Des fois! » dit-il, en riant…


Freedom


Take a Look at the reservation

mardi 22 novembre 2011

Sur les traces de la mafia irlandaise

Il était près de midi, le 23 février 1979, quand l'hélicoptère s'est posé dans le stationnement de la Place Côte-Vertu, en face de la Banque Royale. Un homme et une femme en sont sortis, pantalon de cuir et look de rock stars. Ils sont entrés dans la banque avec une mitraillette et un sac de gym, puis sont repartis 10 minutes plus tard par le ciel. Sur le coup, les clients du centre commercial ont cru à un tournage. Mais l'affaire était bien réelle: Rory Shayne et sa complice venaient tout juste de dérober 12 000$.

Cette scène surréaliste n'est qu'une des nombreuses histoires que raconte D'Arcy O'Connor dans Montreal's Irish Mafia(The True Story of the Infamous West End Gang), livre très divertissant sur la mafia irlandaise de Montréal paru en anglais chez Wiley.

Journaliste de carrière (il a écrit pour le Wall Street Journal, People et National Geographic), documentariste, écrivain, vieux loup de mer et professeur à Dawson, D'Arcy O'Connor convient que son livre est d'actualité; de récentes révélations sur le port de Montréal ont ravivé le souvenir du West End Gang, une organisation criminelle qui a fait entrer des tonnes de cocaïne en Amérique du Nord, des années 70 au début des années 2000.

Enfin... "organisation" est un bien grand mot, dit-il. Dans les faits, le gang de l'Ouest était plutôt une association spontanée de malfaiteurs qui avaient en commun leurs origines irlandaises et le fait d'avoir grandi à Verdun, Pointe Saint-Charles ou Griffintown. C'est le journal Allo Police, précise-t-il, qui leur a collé ce nom dès 1955 - autant dire que leurs racines remontent assez loin.

"Contrairement aux Hells et à la mafia italienne, le West End Gang n'avait pas de rituels, de hiérarchie, de parrain ou d'omerta, explique l'auteur. C'était une bande de gars issus des quartiers pauvres, qui cherchaient des raccourcis pour faire de l'argent. La plupart, d'ailleurs, se sont limités aux vols de banques, de camions ou de coffres-forts."

La plupart, mais pas tous.

Parce qu'ils contrôlaient le port, des acteurs plus importants comme Dunie Ryan, Sam The Weasel Ross et, bien sûr, Gerald Matticks ont fait leur fortune dans le trafic de cocaïne. Ils faisaient entrer la drogue par conteneurs et la vendaient ensuite en grosses quantités aux Hells Angels et aux Italiens. Pour cette raison, explique l'auteur, il est impossible d'écrire un livre sur le West End Gang sans parler du monde interlope montréalais dans son ensemble. "Mom Boucher, les Rizzuto, les frères Dubois, tous ces gens étaient liés", dit-il.

Selon la police, le gang de l'Ouest aurait écoulé pour plus de 90 millions de dollars de cocaïne. "Encore qu'à mon avis, ces estimations sont frileuses", précise O'Connor.

Quoi qu'il en soit, cette "performance" lui vaudra de rivaliser avec les plus importantes organisations criminelles du pays et de figurer parmi les plus redoutables mafias irlandaises d'Amérique, avec celles de Boston et New York.

Pas de relève

Contrairement à ce qui a été écrit dans nos pages la semaine dernière, D'Arcy O'Connor doute que le West End soit encore très actif. À son avis, l'âge d'or de la mafia irlandaise est passé.

Plusieurs ont été abattus, victimes de règlements de comptes. C'est le cas de Dunie Ryan, ex-"roi de la coke", dont le meurtre, en 1984, n'a toujours pas été élucidé. D'autres sont toujours sous les verrous (Allan Ross, Billy MacAllister) ou en liberté surveillée, comme Gérald Matticks et son fils Donald, sortis de prison en 2010.

En outre, le gang de l'Ouest aurait beaucoup souffert de l'exode anglophone entourant l'élection du Parti québécois, en 1976, et le référendum de 1980. "Parmi tous ceux qui sont partis, il y a eu beaucoup d'enfants de ces bandits, explique l'écrivain. Les affaires ne se sont donc pas transmises de père en fils comme chez les Italiens. Il n'y a pas eu de relève."

En trois ans de travail, D'Arcy O'Connor a pu retrouver une douzaine d'anciens membres du gang et rencontrer autant d'ex-policiers. Ses entrevues ont été complétées par les recherches en archives de sa fille Miranda, qui cosigne le livre. Entre autres bons coups, l'escouade père-fille a trouvé de nouvelles informations sur le fameux vol d'un camion de la Brink's, qui a rapporté près de 3 millions à ses auteurs en 1976 - et qui fut en son temps considéré comme le "crime du siècle" en Amérique.

Fait cocasse: D'Arcy O'Connor avait déjà bien connu plusieurs membres de la mafia irlandaise. De 1979 à 1982, fraîchement arrivé de New York, le journaliste a enseigné au pénitencier Leclerc. Plusieurs de ses "élèves" faisaient partie du West End Gang. "Ils m'écrivaient des histoires complètement folles sur des vols de banque, des fusillades et des évasions. Je pensais que c'était de la fiction. Jusqu'à ce que je réalise que ces histoires parlaient d'eux."

Parmi eux, un certain Rory Shayne a capté son attention. D'Arcy O'Connor se souvient encore de l'immense balafre qui lui allait de la joue au menton - cadeau de sa mère, qui avait tenté de l'assassiner quand il avait 4 ans. Trente ans plus tard, il reste fasciné par le personnage et rêve de lui consacrer un documentaire. Peine perdue; le "braqueur en hélicoptère" a complètement disparu de la carte.

"Je l'ai toujours aimé, dit-il. Il était plus créatif que les autres..."




Allan "The Weasel" Ross

Gerald Matticks

lundi 14 novembre 2011

Québec multiple, Estrie multiple!

On a pas l'habitude de ploguer nos amis et encore moins notre famille. Mais une fois n'est pas coutume alors voici le clip de Neto Yuth, frère de l'un des auteurs de ce blogue.
Neto, chanteur de reggae "conscient", participe activement à la scène multiculturelle de Québec ville. Original: il chante dans un français mâtiné de patwa jamaïcain... à moins que ce ne soit le contraire. On n'est pas objectif, c'est vrai, mais son clip nous a mis sur le cul... Eh oui, un autre exemple du Québec métissé de demain...



Dans un autre ordre d'idées: les Elfes sont-ils une minorité visible? On le croirait, à la vue de cette entrevue surréaliste réalisée dans une émission de télé de l'Estrie. Bon. le clip est déjà rendu viral, voir complètement culte, mais allez, on se fait plaisir...

lundi 7 novembre 2011

Fâchée, la mambo!

Pas besoin de parler créole pour voir quand une prêtresse vaudou est fâchée...

Dans ce vidéo tourné à Montréal, Satela fustige une de ses consoeurs, la belle Déesse junior, pour avoir indûment pris les commandes de la CHVC (Confédération des Haïtiens vaudouisants du Canada).

C’est pourtant l’autorité suprême du vaudou en Haiti, Max Beauvoir, qui avait octroyé ce titre à la Belle Déesse.

Mais dans le milieu du vaudou montréalais, on a jugé que cette décision unilatérale aurait mérité consultation. Pour plusieurs houngans et mambos (prêtres et prêtresses vaudou) la Belle déesse Junior n’avait ni l’expérience, ni les compétences pour être leur porte-parole. Résultat, la chicane a pogné et La Belle Déesse est partie bouder en Haiti.

La vidéo date d’il y a un an. Mais selon ce qu’on sait, Satela poursuit sa cabale et la Belle Déesse n’est toujours pas revenue au Québec…



mercredi 12 octobre 2011

Un magazine et un concert

Prism:
On ignore comment ce site web a échappé à notre vigilance, mais nous venons de tomber sur le site de Prism. Ce site web a été lancé par Maher Arar, le citoyen canadien d'origine syrienne qui a été torturé en Syrie après y avoir été envoyé par les États-Unis et qui a remporté une longue bataille légale pour le rôle que le Canada a joué dans toute l'affaire. Au début, le site avait pour principal objectif de parler des droits humains dans le contexte de la guerre au terrorisme, mais présente aussi de long en large de la situation actuelle en Syrie. Le tout vaut un coup d'oeil. Pour voir le site, uniquement en anglais, cliquez ici.

TarabZA:

Sur une note plus légère et plus musicale, on vous recommande chaudement le premier concert de TarabZa qui aura lieu jeudi soir aux Jeunesses musicales du Canada (305 Mont-Royal Est). Ce duo met en vedette l'extraordinaire joueur de santur Amir Amiri et le tout aussi talentueux percussioniste Ziya Tabassian, de Constantinople. Les deux musiciens d'origine iranienne promettent de se promener de la musique indienne au flamenco. C'est jeudi le 13 octobre à 20h. Prix d'entrée: 15$

mardi 11 octobre 2011

Papi Djo (1921-2011) Mort d'un révolutionnaire

Les tambours de Papi Djo ne résonneront plus. L'écrivain, musicien et homme d'église haïtien est décédé le 23 septembre dernier à Montréal. Il avait 90 ans.

Né Joseph Augustin en 1921, Papi Djo fut ce qu'on pourrait appeller un "révolutionnaire culturel". En plus d'avoir introduit le tambour et le chant créole dans l'église haïtienne au début des années 60, on lui doit plusieurs écrits polémiques sur le vaudou.

"C'était un rebelle, affirme le pasteur Jean Fils-Aimé, son héritier spirituel. Sa thèse, c'était que l'Haïtien n'avait pas à renoncer au vaudou pour être chrétien. Il a osé dire que les deux religions n'étaient pas incompatibles... "

L'idée de "créoliser" la liturgie haïtienne n'était pas nouvelle. Les années 60 furent, pour plusieurs pays "nègres", le temps de l'indépendance, de la décolonisation et de la réapropriation culturelle.

C'est dans ce contexte que le père Joseph Augustin, alors curé à Cap Haïtien, se mit en tête d'introduire des rythmes et des chants typiquement haïtiens dans les messes catholiques en 1963.

L'expérience va rencontrer beaucoup de résistance dans le clergé haïtien. Passait encore pour le créole - c'était, après tout, l'époque de Vatican II et du rejet des messes en latin. Mais le tambour lui, était toujours perçu comme l'instrument fétiche des cérémonies vaudou. Autant dire qu'on invitait le diable à l'église!

Le peuple, en revanche, se montra plutôt favorable à l'introduction de ces rythmes primitifs. Il pouvait enfin s'entendre, après trois siècles de liturgie à l'européenne. "On aurait pu le voir comme de la provocation, mais c'est le contraire qui est arrivé, raconte le percussionniste George Rodriguez, qui accompagnait Papi Djo à l'époque. Ça a attiré les gens. Partout où on allait, il y avait beaucoup de monde."

"C'est arrivé comme le tonnerre dans un ciel bleu, ajoute Jean Fils-Aimé. Mais c'était aussi un bon coup de marketing. Avec l'arrivée du tambour, la masse s'est sentie plus interpellée par l'église catholique. Soudainement, elle se sentait une appartenance..."

Devenu un véritable missionnaire de la messe créole, Papi Djo va parcourir le pays pour propager sa bonne nouvelle . Dans la foulée, il fondera le groupe Tamboula ("le tambour est là") qui va connaître un certain succès sur scène et sur disque. A la fin des années 60, il va toutefois quitter Haïti pour Montréal, où il s'installe après s'être marié et être revenu à la laïcité.

Dans les années 70, Joseph Augustin enseigne la morale au collège et participe à la création d'un nouveau groupe de musique folklorique haïtienne, Mapou Ginen. Puis en 1979, il retourne en Haïti, où il devient animateur à Radio-Soleil, une station à vocation religieuse qui critique ouvertement le régime Duvalier- et qui, sa façon, participera à la chute du dictateur. "Les répressions, les exécutions sommaires, je sais qu'il en parlait en ondes", raconte son fils Jean-Guy Augustin.

Son influence politique ne s'arrêtera pas là. Selon Jean Fils-Aimé, c'est parce qu'il est "indirectement inspiré" par les écrits de Papi Djo, que Jean-Bertrand Aristide reconnaît le vaudou comme religion officielle d'Haïti en 2003. De retour à Montréal en 1992, Joseph Augustin sera enfin nommé vice-consul aux affaires culturelles pour le consulat haïtien à Montréal.

Jusqu'à la fin, Papi-Djo utilisera la plume pour exprimer sa vision du monde. En 1999, il publie Le vodou libérateur, qui résume toute sa pensée sur la culture et la spiritualité haïtiennes. Depuis la mort de sa femme en 2009, il avait ralenti la cadence. Mais aux dernières nouvelles, il planchait sur une version révisée du catéchisme haïtien; version qui, bien entendu, visait la réhabilitation de la mystique vaudou.

Pour certains, Papi Djo est peut-être allé trop loin dans sa tentative de réconcilier deux mondes à priori incompatibles. En Haïti, comme à Montréal, ses thèses ne font d'ailleurs toujours pas l'unanimité. Mais il reste, selon Jean Fils-Aimé, une référence et un pionnier, dont "l'influence théologique" a conduit à réfléchir sur la place du vaudou dans la foi haïtienne, peu importe l'allégeance religieuse.




mercredi 5 octobre 2011

Scott Gomez live in Amman

Dans la série "le Canadien de Montréal autour du monde", voici une autre photo envoyée par notre ami Louis Cyr, grand voyageur devant l'éternel, qui s'amuse depuis quelques années à débusquer des chandail du CH à l'étranger. Cette photo a été prise la semaine dernière en Jordanie, où la Sainte Flanelle, comme chacun sait, est presque aussi populaire que le roi Abdallah II. Où ce Jordanien a-t-il trouvé le t-shirt? Scott Gomez est-il son joueur préféré? Et surtout, surtout: comment dit-on "Go Habs Go!" en arabe?!!


samedi 1 octobre 2011

Adieu Multivisions!

Le Montréal musulman perd un gros joueur. La boutique Multivisions, spécialisé en articles islamiques, ferme ses portes. Le mauvais sort, internet et l'économie chancelante expliquent en partie la faillite de ce magasin ahurissant, qui vendait autant des corans, que des tchadors, des CD de Yusuf Islam (Cat Stevens), des horloges azan et des plats à tagines.
"Ce n'est pas une perte, c'est une étape qu'il faut passer" nous a confié son propriétaire Moncef Barbouch (notre photo), la mine basse.
Cinéaste d'origine tunisienne ayant 17 documentaires à son actif, M. Barbouch a fondé Multivisions en 1994, pour répondre aux besoins criants de la communauté musulmane, qui grandissait à Montréal. D'abord située sur la rue Décarie, le commerce a connu ses meilleures années dans la foulée du le 11 septembre 2001. Sa clientèle s'élargissant alors à tous ceux qui cherchaient à mieux comprendre l'islam. "Tout le monde avait des questions, tout le monde voulait des corans" se rappelle M. Barbouch.
Les contrecoups islamophobes se sont plutôt faits sentir en 2006, après l'épisode des caricatures au Danemark. Un attentat au cocktail molotov a complètement ravagé le magasin. "On a tout perdu", raconte M. Barbouch.
Multivisions a bien tenté de reparti en neuf, en déménageant notamment dans le coin du Marché Jean-Talon. Mais les choses n'ont plus jamais été les mêmes. Entre les harcèlements de la GRC, la baisse de la clientèle et les soucis financiers, M. Barbouch n'a jamais vraiment pu relancer la machine. Le loyer faramineux, les dégâts d'eau et les problèmes de santé l'ont achevé.
Étonnant, tout de même, que la clientèle ait baissé, alors que l'immigration arabe à Montréal, notamment maghrébine, est en constante augmentation depuis 10 ans, non?
Mais M. Barbouch lui, n'est pas étonné. "C'est l'avènement du multimédia qui a tout cassé, dit-il. Maintenant, les gens n'ont plus besoin d'acheter. Ils veulent lire le coran, ils téléchargent. Ils veulent entendre Cat Stevens ou Tariq Ramadan, ils téléchargent. Tu veux apprendre l'arabe à ton enfant? Tout est gratuit sur Internet. Ça on n'avait pas prévu ça."
Tout comme il n'avait pas prévu, dit-il, que les commandes venues des États-Unis tomberaient au point mort, suivant la baisse du dollar américain. Avec ce marché important (presque 8 millions de musulmans aux States, contre 1 million au Canada) qui lui tourne le dos, M. Barbouch n'avait d'autre choix que de mettre la clé dans la porte. "Le monde est en train de changer, il faut changer de créneau."
Multivision brade actuellement son inventaire à bas prix. Vous avez jusqu'à demain dimanche, si vous cherchez un globe terrestre en arabe, des corans à demi-prix ou des produits de beauté arabisants. Le commerce est situé à l'angle des rues Drolet et De Castelneau.
Quant à Moncef Barbouch, il reprendra vraisemblablement sa carrière de cinéaste, mise entre parenthèses depuis plus de 15 ans. Il songe a réaliser un documentaire sur la grande militante féministe tunisienne Bchira Ben M'rad.
Pour ce qui est de librairies musulmanes à Montréal, enfin, il reste encore Alexandria (rue de l'église, Ville Saint-Laurent), le Centre communautaire laurentien et la librairie Moyen-Orient. Inch' Allah...

mercredi 31 août 2011

klezmer afro métal à Montréal

On vous dit ça comme ça, mais le 2e Festival de musique Juive de Montréal bat son plein pour encore deux jours. Au menu: artistes traditionnels ou contemporains, dont plusieurs d'origine juive américaine. Parmi ceux-ci, il y a eu le trompettiste Frank London et son groupe Hasidic New wave, le groupe metal-prog-klezmer Pitom ainsi que la formation Sway Machinery, qui donne dans la fusion musique juive et... folk malien, gracieuseté de la chanteuse Khaira Arby.

Il ne reste que deux jours au festival, ce soir un groupe de cantors (chanteurs religieux) se produit à la synagogue du 3919, Clark. et demain, concert de bluegrass et de folk avec le trio Andy Statman, dont voici une video.

Pour plus d'infos, on vous suggère le site officiel du festival.



lundi 22 août 2011

D'excellentes adresse montréalo-japonaises

Pour préparer ma dernière chronique estivale à la radio de Radio-Canada, j'ai passé la semaine dernière à "tester" de nouvelles adresses qu'il me fait plaisir de partager avec vous, chers lecteurs.

Voici d'ailleurs la chronique en question, si vous préférez écouter plutôt que lire: chronique

Les coups de coeur, donc

D'abord, le Falco, un café de l'est du Mile-End, campé au premier étage d'un édifice industriel. Le café est le propriété d'une Montréalaise d'origine japonaise, Yuko et de son conjoint, d'origine française. C'est donc un mélange de deux bien beaux mondes. Le café se remplit le midi de jeunes gens branchés qui travaillent dans le quartier, mais est aussi ouvert le week-end pour le brunch. Sii vous rêvez depuis belle lurette de tester le petit dej japonais, c'est la bonne adresse. Soupe mison citronnée, un plat de riz et de viande et une salade font ici office de premier repas de la journée. Parfait pour aller prendre une longue marche après. Mon truc préféré a de loin été le café au siphon. Toute une technique qui n'est pas sans rappeler les expérience en chimie du secondaire. Mais le résultat est fort et bouche.

Deuxième découverte, l'Izakaya Imadake, petit nouveau dans le quartier de plus en plus cool qui entoure l'AMC Forum. Ce resto/pub japonais, ouvert par deux jeunes Montréalais, sert une tonne de plats intéressants (langue de boeuf bbcue, boules de pieuvre, morue noire, brochettes à la japonaise, etc.) à déguster en buvant une Sapporo en fût ou en sirotant un saké bien froid. Chouette, très chouette. On le met dans nos favoris!

Café Falco, 5605 de Gaspé http://www.cafefalco.ca/

Tel : 514-272-7766

Imadake, brasserie japonaise, 4006 rue Sainte-Catherine Ouest, http://imadake.ca/

tel : 514-931-8833



mercredi 17 août 2011

Une semaine indienne


L'Inde vient tout juste de fêter l'anniversaire de son indépendance cette semaine et il n'est pas trop tard pour profiter des festivités. Si vous avez un faible pour la danse et la musique indienne, on vous recommande fortement le grand concert de vendredi soir qui aura lieu à la salle Oscar-Peterson du campus Loyola de l'Université Concordia. Des chanteurs de Varanasi seront en ville pour l'occasion. Et nous aussi, on y sera.


Si vous penchez plus pour le cinéma indien, le festival des films du monde vous ravira cette année. Dans le cadre des projections sous les étoiles, quelques-uns des grands classiques du cinéma bollywoodien seront projetés gratuitement en plein air. Pour la programmation, cliquez ici. La famille indienne, Veer-Zara et Lagaan valent tous le déplacement.


jeudi 11 août 2011

Corrie le Seigneur: premier film d'animation de l'histoire du cinéma haïtien


Cinquante-mille dollars.

C'est le budget total de Corrie Le Seigneur, premier film d'animation de l'histoire du cinéma haïtien, qui sera présenté samedi en primeur mondiale à l'ONF. "Je n'ai pas eu de commandite, j'ai fait tout ça avec mes chèques!" affirme son réalisateur Jean-Marie Lamour.

On peut parler d'un sacrifice. Mais il faut savoir que Corrie le Seigneur avait une signification particulière pour le réalisateur.

Le film, en effet, raconte l'histoire de sa grande-tante, Corelia Lefrançois, une folle de Dieu qui fit la pluie et le beau temps entre 1940 et 1970, dans la région de Sainte-Suzanne, au nord d'Haïti. Folle de chagrin après avoir été trompée par l'amour de sa vie, cette grande dévote devint complètement illuminée, allant jusqu'à se prendre pour Seigneur lui-même - d'où le titre.

Sa mission divine l'amena à faire le bien et protéger les faibles. Elle a même sauvé le cinéaste, alors qu'il crevait de faim. "J'avais six ans. J'allais mourir. Elle est arrivée de nulle part et m'a nourri. Un vrai miracle" dit-il. Mais le régime Duvallier ne voyait pas cette vocation d'un très bon oeil et la dame fut brutalisée . " Elle croyait q'elle était le Seigneur. Elle voulait régner sur le village. Les Tontons Macoutes n'aimaient pas cela" résume M. Lamour. Comme si n'était pas assez, on raconte que Corrie ressuscita après avoir été déclarée morte...

" Oui, il y a beaucoup d'action dans ce film!", souligne le réalisateur, en riant.

Corrie le Seigneur est le quatrième long-métrage de Jean-Marie Lamour. Ses trois premières productions ont été réalisées quand il vivait à Boston. Installé à Montréal depuis deux ans, le cinéaste a mis 14 mois pour réaliser ce film d'animation. L'idée lui en est venue après avoir vu Avatar. Un dessin-animé lui permettait non seulement de réduire ses dépenses, mais aussi d'explorer de nouvelles avenues technologiques. Corrie le Seigneur existe d'ailleurs en version 3D, ne reste qu'à trouver la salle adéquate.

"J'ai toujours voulu donner une touche d'Hollywood à mes films. Avec Corrie, ça commence à arriver", dit-il.


M. Lamour, 45 ans, n'a pas seulement financé Corrie de sa poche. Il a écrit le scénario, fait les dessins, l'animation et le montage avec un logiciel acheté au magasin. Quelques acteurs montréalais ont collaboré pour les voix, incluant Schelby jean-Baptiste , Sam Abraham, Nathalie Ambroise et Myriame Jean. Leurs visages ont aussi servi de référence pour les personnages.

Bon. Le résultat est peut-être loin des films de Pixar. On est ici dans l'animation informatique de base. Mais cela n'empêche pas Corrie le Seigneur d'être une première. Venus spécialement de Boston, des représentants de la MPAH (Motion Picture Association of Haiti) lui remettront d'ailleurs une plaque à cet effet samedi.

Avis aux intéressés, ça se passe à l'ONF (1564 Saint-Denis), à compter de 16h30. Musique. Danse. Projection débute à 17h.

mercredi 10 août 2011

Une cremolada « 100% natural »


On savait que la cuisine péruvienne avait la cote. Mais on ne savait pas qu’elle brillait jusque dans ses desserts.

Passez faire un tour aux Délices de Tito, vous allez comprendre. Ouverte à Pierrefonds depuis seulement deux mois, cette petite crèmerie se spécialise dans la cremolada, une sorte de sorbet typiquement péruvien fait à base de fruits.

Rien de spécial, à première vue. Sauf que voilà : certains de ces fruits sont assez rares, voire introuvables ici - qu’on pense au tamararin, à la guanabana (corossol) et surtout au lucuma, dont l’arbre ne pousse que dans les Andes péruviennes.

Dans le genre dépaysant, le résultat est difficile à battre. Ces nouvelles « saveurs » ne ressemblent à rien de connu. Avec son goût proche du caramel, la cremolada au lucuma nous a semblé particulièrement exotique. Pour les Péruviens, par contre, c’est un classique. « Quand les gens de mon pays viennent ici, ils n’en reviennent pas, lance le propriétaire Moises Barragan, alias Tito. Ils retrouvent le goût de leur enfance. »

Tito ajoute que son produit est « 100% natural ». Ses fruits sont importés congelés du Pérou, puis mélangés avec de l’eau et du sucre. C’est tout? « C’est tout, répond-il fièrement. Je n’ajoute aucun arôme artificiel, aucun agent de conservation. Rien de chimique. C’est plus de travail, mais mon produit est de qualité.»

Comme si ce n’était pas assez, ses ingrédients ont aussi des propriétés reconnues. Moises insiste sur les vertus énergisantes du lucuma et souligne que sa chirimoya (crème anglaise) est un « antioxydant et une anti-dépresseur « très puissant ». Sans doute faudrait-il ingurgiter plus d’une cremolada pour en ressentir les bénéfices, mais chose certaine, on est loin de la bonne vieille crème glacée molle du Dairy Queen…

Étrange de voir un commerce aussi atypique ouvrir sur le boulevard Pierrefonds. Complètement en dehors du radar, Aux délices de Tito aurait sûrement de plus grandes chances de succès sur le Plateau ou près du marché Jean-Talon. Mais Moises voulait ouvrir sa crèmerie dans l’Ouest de l’Ile, pas trop loin de chez lui – d’autant que la communauté latino y est assez nombreuse.

De toute façon, l’artisan-businessman n’a pas l’intention de se cantonner à Pierrefonds. Il a déjà commencé à vendre ses glaces-santé à un resto péruvien du centre-ville (Le coin Urbain, 1565 Villeray) et envisage d’ouvrir des franchises et de distribuer dans les supermarchés. « J’ai la machinerie qu’il faut pour produire 400 litres par jour » dit-il. Pour ce qui est de survivre à l’année longue, Tito a aussi son plan : il va vendre des empanadas pendant l’hiver.

Ah oui : si vous prenez une cremolada, faites comme les Péruviens : la chose se déguste dans une coupe et non un cornet. Plus liquide que le sorbet ordinaire, on la boit comme un jus une fois qu’elle a fondu.

Santé!

15702 BOUL. PIERREFONDS

514-675-3500

vendredi 5 août 2011

Warrior du photomontage?


Cinéma, arts visuels, bouffe, rap et chanson: la 21e présentation de Présence autochtone brille par son éclectisme. Parmi les artistes plus en vue, on retiendra évidemment Samian et Elisapie Isaac, qui se produisaient hier et ce soir sur la scène extérieure de Place des Festivals.

Mais si vous cherchez autre chose, pourquoi pas l'exposition Guides de voyages, qui présente des photomontages de Chris Bose et Martin Loft à la Guilde des métiers d'arts (460, rue Sherbrooke Ouest)?

Malgré son titre, Guides de voyages n'a rien de touristique. Avec une imagerie parfois provocante, ces deux artistes s'interrogent plutôt sur la présence amérindienne dans un monde dominé par les Blancs.

L'oeuvre Remembering 1990, de Martin Loft, parle d'elle-même. On y voit un masque inca surplombant une photo de l'armée canadienne en formation de combat. La référence à la crise d'Oka est assumée. Mais le mohawk de Kahnawake ne se voit pas du tout comme un «warrior» du photomontage. «Je ne suis pas aussi en colère que d'autres artistes que je connais, dit-il. Je veux seulement marquer un point dans le temps.»

Photographe de formation et grand amateur de pop art, Loft se voit avant tout comme un ambassadeur de la culture iroquoise. Son travail est un reflet de l'identité mohawk à l'aube du 21e siècle, une façon actuelle d'exprimer la pensée et la psyché de son peuple.

Peut-on venir de Kahnawake et agir autrement? «Certains peut-être, mais pas moi. En ce qui me concerne, c'est inévitable. Les peintures de couchers de soleil, je laisse ça aux autres.»

«K-Town» sous la loupe

Parlant de Kahnawake, on attendait beaucoup de L'autre Kahnawake, qui ouvrait le festival lundi dernier.

Axé sur l'espace virtuel, ce documentaire français promettait un regard différent sur la réserve mohawk. Mais le résultat est décevant. Voire affligeant. Oui, l'internet permet à la «rez» de tirer son épingle du jeu sur l'échiquier mondial - notamment par le jeu en ligne. Mais encore? Les enjeux sont mal expliqués, le scénario bancal et, pire encore, on a trouvé le moyen de faire passer la réserve pour un village fantôme. Affreux. Si vous voulez vraiment «sentir» Kahnawake, allez plutôt y faire un tour.

Pour ce qui est de Présence autochtone, beaucoup d'autres films sont au menu, qu'ils soient d'Amérique du Sud, de l'Ouest canadien ou même du Grand Nord. On vous suggère Inuit Knowledge and Climate Change de Zacharias Kunuk (Atanarjuat, l'homme rapide) et la rétrospective Jeff Barnaby, un cinéaste mi'gmaq qui verse dans le gore.

Sans oublier les courts métrages du programme Wapikoni-mobile. Qui, soit dit en passant, vient de se faire amputer d'un demi-million de dollars par le gouvernement Harper.

La meilleure façon de protester, c'est encore d'y assister.


jeudi 4 août 2011

Bollywood PQ!!!



Jatinder Bandhari est le plus cinéphile des sikhs montréalais. Lisez notre reportage paru dans La Presse.

lundi 1 août 2011

Ayoye ça fait mal!



Montréal multiple est allé fêter Kaavadi avec les Tamouls sri-lankais à Val-Morin. La gueule nous est tombée à terre. Mais pas autant que ceux qui se faisaient transpercer les joues avant de se faire suspendre par des crochets. Lisez notre reportage paru dans La Presse. Vidéo inclus.

vendredi 29 juillet 2011

Un demi-siècle de musique italienne

"Je ne suis pas venu au Canada pour changer d'air. Je suis venu pour faire de l'argent."

Le crâne dégarni, les sourcils en broussaille, Leon Vellone trône au milieu de son magasin comme un roi dans son royaume. Pendant que sa femme, Maria-Louisa, fait le café et s'occupe des clients, le vieil homme nous reçoit dans son bureau, entre les murs couverts de certificats et de photos d'une autre époque.

On ne sait pas si M. Vellone a fait de l'argent, mais les affaires n'ont pas dû être si mauvaises puisque son magasin, Leon Vellone Dischi, est encore en activité 55 ans après sa fondation. À 78 ans bien sonnés, l'homme est assurément le plus vieux disquaire italien de Montréal, sinon le plus vieux disquaire de Montréal, point à la ligne.

Évidemment, les affaires ont ralenti. En voyant les 33 tours en solde, les cassettes et les CD de chanteurs italiens d'une autre époque dispersés dans le magasin, on comprend que Leon Vellone Dischi a depuis un moment passé son âge d'or. Les bibelots religieux, drapeaux italiens et autres Pinocchio de toutes tailles ne font qu'ajouter au côté pittoresque de l'établissement. Mais Leon et Maria-Louisa, unis dans le commerce comme dans la vie, restent fidèles au poste comme il y a 50 ans.

"Ce n'est plus comme avant, admet Leon en regardant sa femme. Dans le temps, le disque allait tellement bien que les gens faisaient la file le samedi matin. Il fallait être trois pour servir au comptoir. Mais avec l'internet, tout est tombé à l'eau."

Qui aurait dit que cet ancien électricien originaire de Pontecorvo, en Italie, deviendrait une institution de la musique italienne au Québec? Sûrement pas le principal intéressé, qui garde encore un souvenir brutal de ses premiers mois au Canada, en 1952.

"Ce n'était pas l'Amérique à laquelle je m'attendais. Je ne parlais ni français ni anglais. C'était très dur de trouver du travail."

Leon a travaillé quelque temps à la Royal Vickers et comme "opérateur de machine à vues" dans un cinéma avant de se lancer en affaires. Convaincu que l'électronique est la voie de l'avenir, il ouvre avec ses frères - et la bénédiction d'un prêtre - un magasin d'articles électroniques en 1956.



Le contexte ne pouvait être plus favorable: profitant de l'arrivée récente de la télévision et du boom de l'immigration italienne d'après-guerre, Leon Vellone devient vite incontournable pour sa communauté à Montréal. On vient le voir pour un grille-pain, un fer à repasser, une radio, surtout pour un téléviseur. "C'était cher, se rappelle-t-il. Souvent, les familles devaient se mettre à plusieurs pour acheter."

Mais c'est avec la musique que la "business" va décoller.

Voyant que les disques italiens sont introuvables au Canada (c'est la grande époque de Giorgio Consolini, Aurelio Fierro, Little Tony et de la chanson Volare), Leon décide de partir à Milan pour établir des ponts. Il en revient quelques semaines plus tard avec les droits de distribution exclusive de six étiquettes italiennes.

Bientôt, le disquaire ne vend pas seulement aux Italiens de Montréal, mais dans une trentaine de magasins au Canada. Les affaires vont si bien qu'il abandonne progressivement le secteur électronique pour se consacrer exclusivement à la musique.



En 1965, il fonde carrément sa propre étiquette de disques, EMV (Ediziones Musicales Vellone), qui lui permet de presser à Montréal des chansons à succès enregistrées en Italie. En 40 ans, plus de 200 disques 45 tours seront commercialisés par sa petite maison, qui se spécialise surtout en musique populaire et folklorique.

En 1976, Leon Vellone ouvre un nouveau magasin au 1474, rue Jean-Talon, où il est toujours aujourd'hui. On compte alors une quinzaine de magasins de disques italiens à Montréal, et la concurrence est féroce. Mais, fort de ses contrats d'exclusivité, Leon Vellone survit à ses concurrents.

Cette époque correspond à la parenthèse politique de M. Vellone. Il est si populaire dans sa communauté que le Parti progressiste-conservateur du Canada le recrute comme candidat dans Papineau-Rosemont. Il s'est présenté trois fois (1974, 1978 et 1979) sans jamais être élu.

Peut-être aurait-il eu plus de chance avec les libéraux, traditionnellement appuyés par les Italiens? Quoi qu'il en soit, il ne regrette pas l'expérience. "J'y suis allé par vocation, pas par intérêt personnel", dit-il en nous montrant ses vieilles affiches de campagne.



Trente ans plus tard, Leon Vellone a nettement ralenti ses activités. Mais comptez toujours sur lui pour s'impliquer dans les dossiers chauds, comme ce fut le cas il y a quelques années, quand il a pris la défense de la RAI (télé nationale italienne), qui demandait une licence au CRTC.

Personnalité redoutable, ce cavaliere de l'Ordre du mérite de la République italienne jouit toujours d'une popularité considérable dans sa communauté. Malgré ses colères mémorables ("J'ai déjà sorti des clients par le fond de culotte!"), son arrogance (c'est lui qui le dit!) et cet air de vieux grincheux qui le rend intimidant d'entrée de jeu, Leon Vellone est une institution en soi. "On m'aime quand même parce que je suis franc et fougueux. Comme un vrai Italien! Je me fâche vite, mais je me calme aussitôt..."

Lui-même ne sait trop ce que deviendra son commerce. Comme lui, la clientèle a vieilli. Mais pour l'heure, pas question de fermer boutique. Leon préfère encore passer ses journées au magasin, à regarder les matchs de soccer italien et à siroter un bon café avec des amis de passage, pendant que Maria-Louisa s'occupe des visiteurs. "La retraite? Mais je ferais quoi? Passer la journée au lit?", dit-il, presque offusqué.

Un jour, peut-être que son fils, John, prendra le relais. Mais avec l'immigration italienne qui est tombée au point mort et la communauté qui s'est intégrée, il est à peu près certain que la musique ne sera plus le moteur de l'établissement.

D'ailleurs, Leon Vellone a déjà commencé à se départir de son stock. Il y a quelques années, il a jeté 75 000 disques 45 tours.

"Tu sais ce que les gens ont fait? dit-il, découragé. Ils les ont pris pour faire des feux de joie..."