lundi 8 février 2010

Putes, chômeurs et asphalte: il était une fois les peintres juifs de Montréal


Moe Reinblatt, Harry Mayerovitch, Louis Muhlstock… ces noms vous disent quelque chose? Nous non plus. Et pourtant. Ces peintres juifs ont joué un rôle digne de mention dans l’histoire de la peinture québécoise en illustrant le Montréal des années 30 et 40.

Rien de religieux, si l’on en juge par l’exposition Peintres juifs de Montréal : témoins de leur époque 1930-1945, actuellement au Musée McCord. Au contraire. Fascinés par la ville, la faune urbaine, et la vie en temps de crise économique, ces créateurs documentaient les côtés les plus trash de Montréal. Certains peignaient des putes, d’autres des chômeurs où des scènes de bar des années 30. Ils étaient, en ce sens, résolument en avance sur la majorité des peintres canadiens-français, qui en étaient encore à brosser de beaux paysages un peu plates.

En ce qui nous concerne, c’est précisément pourquoi cette expo vaut le détour. Pour ce côté vrai, profondément ethnographique, totalement ancré dans la réalité son époque. Le nightlife montréalais, tel que décrit par Jack Beder dans Scène de Café (1934, notre photo) ou Cabaret (1938); la misère brute selon Luis Muhlstock dans Jos Lavallée mangeant sa soupe (1938) ou les scènes de racolage d’Ernst Neuman dans Billiard ou Fun (1930) nous montrent un Montréal souvent évoqué, mais rarement représenté dans des œuvres d’art. Un Montréal nocturne et marginal, un Montréal d’asphalte, de tramways et de soupes populaires.

« Picturalement parlant, il n’y avait pas un style juif, explique la commissaire de l’expo Esther Trépanier. Ce qui réunit tous ces artistes originaires d’Europe de l’Est, c’est l’humanisme et la sensibilité de l’être humain. Ils avaient choisi de peindre leur milieu de vie, plutôt que leur religion. »

Avec la montée de l’antisémitisme, les sujets évoluent vers une peinture à caractère plus politique, qui va s’exacerber pendant la guerre. Mais déjà, ces artistes appartiennent à une autre époque. Avec l’arrivée des Pellan, Borduas et autres révolutionnaires de l’art québécois (Refus global, 1948) les Muhlstock, Beder et Reinblatt seront rélégués aux oubliettes de la peinture réaliste.

Raison de plus pour aller voir cette expo en forme de réhabilitation, qui nous rappelle que la contribution juive à la vie culturelle montréalaise ne s’arrête pas au bagel, au smoked meat et à Leonard Cohen. Jusqu’au 2 mai.

J.-C. L

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