mercredi 12 octobre 2011

Un magazine et un concert

Prism:
On ignore comment ce site web a échappé à notre vigilance, mais nous venons de tomber sur le site de Prism. Ce site web a été lancé par Maher Arar, le citoyen canadien d'origine syrienne qui a été torturé en Syrie après y avoir été envoyé par les États-Unis et qui a remporté une longue bataille légale pour le rôle que le Canada a joué dans toute l'affaire. Au début, le site avait pour principal objectif de parler des droits humains dans le contexte de la guerre au terrorisme, mais présente aussi de long en large de la situation actuelle en Syrie. Le tout vaut un coup d'oeil. Pour voir le site, uniquement en anglais, cliquez ici.

TarabZA:

Sur une note plus légère et plus musicale, on vous recommande chaudement le premier concert de TarabZa qui aura lieu jeudi soir aux Jeunesses musicales du Canada (305 Mont-Royal Est). Ce duo met en vedette l'extraordinaire joueur de santur Amir Amiri et le tout aussi talentueux percussioniste Ziya Tabassian, de Constantinople. Les deux musiciens d'origine iranienne promettent de se promener de la musique indienne au flamenco. C'est jeudi le 13 octobre à 20h. Prix d'entrée: 15$

mardi 11 octobre 2011

Papi Djo (1921-2011) Mort d'un révolutionnaire

Les tambours de Papi Djo ne résonneront plus. L'écrivain, musicien et homme d'église haïtien est décédé le 23 septembre dernier à Montréal. Il avait 90 ans.

Né Joseph Augustin en 1921, Papi Djo fut ce qu'on pourrait appeller un "révolutionnaire culturel". En plus d'avoir introduit le tambour et le chant créole dans l'église haïtienne au début des années 60, on lui doit plusieurs écrits polémiques sur le vaudou.

"C'était un rebelle, affirme le pasteur Jean Fils-Aimé, son héritier spirituel. Sa thèse, c'était que l'Haïtien n'avait pas à renoncer au vaudou pour être chrétien. Il a osé dire que les deux religions n'étaient pas incompatibles... "

L'idée de "créoliser" la liturgie haïtienne n'était pas nouvelle. Les années 60 furent, pour plusieurs pays "nègres", le temps de l'indépendance, de la décolonisation et de la réapropriation culturelle.

C'est dans ce contexte que le père Joseph Augustin, alors curé à Cap Haïtien, se mit en tête d'introduire des rythmes et des chants typiquement haïtiens dans les messes catholiques en 1963.

L'expérience va rencontrer beaucoup de résistance dans le clergé haïtien. Passait encore pour le créole - c'était, après tout, l'époque de Vatican II et du rejet des messes en latin. Mais le tambour lui, était toujours perçu comme l'instrument fétiche des cérémonies vaudou. Autant dire qu'on invitait le diable à l'église!

Le peuple, en revanche, se montra plutôt favorable à l'introduction de ces rythmes primitifs. Il pouvait enfin s'entendre, après trois siècles de liturgie à l'européenne. "On aurait pu le voir comme de la provocation, mais c'est le contraire qui est arrivé, raconte le percussionniste George Rodriguez, qui accompagnait Papi Djo à l'époque. Ça a attiré les gens. Partout où on allait, il y avait beaucoup de monde."

"C'est arrivé comme le tonnerre dans un ciel bleu, ajoute Jean Fils-Aimé. Mais c'était aussi un bon coup de marketing. Avec l'arrivée du tambour, la masse s'est sentie plus interpellée par l'église catholique. Soudainement, elle se sentait une appartenance..."

Devenu un véritable missionnaire de la messe créole, Papi Djo va parcourir le pays pour propager sa bonne nouvelle . Dans la foulée, il fondera le groupe Tamboula ("le tambour est là") qui va connaître un certain succès sur scène et sur disque. A la fin des années 60, il va toutefois quitter Haïti pour Montréal, où il s'installe après s'être marié et être revenu à la laïcité.

Dans les années 70, Joseph Augustin enseigne la morale au collège et participe à la création d'un nouveau groupe de musique folklorique haïtienne, Mapou Ginen. Puis en 1979, il retourne en Haïti, où il devient animateur à Radio-Soleil, une station à vocation religieuse qui critique ouvertement le régime Duvalier- et qui, sa façon, participera à la chute du dictateur. "Les répressions, les exécutions sommaires, je sais qu'il en parlait en ondes", raconte son fils Jean-Guy Augustin.

Son influence politique ne s'arrêtera pas là. Selon Jean Fils-Aimé, c'est parce qu'il est "indirectement inspiré" par les écrits de Papi Djo, que Jean-Bertrand Aristide reconnaît le vaudou comme religion officielle d'Haïti en 2003. De retour à Montréal en 1992, Joseph Augustin sera enfin nommé vice-consul aux affaires culturelles pour le consulat haïtien à Montréal.

Jusqu'à la fin, Papi-Djo utilisera la plume pour exprimer sa vision du monde. En 1999, il publie Le vodou libérateur, qui résume toute sa pensée sur la culture et la spiritualité haïtiennes. Depuis la mort de sa femme en 2009, il avait ralenti la cadence. Mais aux dernières nouvelles, il planchait sur une version révisée du catéchisme haïtien; version qui, bien entendu, visait la réhabilitation de la mystique vaudou.

Pour certains, Papi Djo est peut-être allé trop loin dans sa tentative de réconcilier deux mondes à priori incompatibles. En Haïti, comme à Montréal, ses thèses ne font d'ailleurs toujours pas l'unanimité. Mais il reste, selon Jean Fils-Aimé, une référence et un pionnier, dont "l'influence théologique" a conduit à réfléchir sur la place du vaudou dans la foi haïtienne, peu importe l'allégeance religieuse.